La douceur de l’ombre

Un végétal souverain

Nous avons tous eu un jour le souffle coupé devant l’immensité d’un arbre qui sort de terre pour tutoyer le ciel, nous avons tous aussi gribouillé un graffiti sur l’écorce d’un arbre ou planté un arbre à la naissance d’un enfant. Car inconsciemment et depuis des millénaires l’arbre remarquable est sujet d’inspiration et de vénération. En véritable érudit, l’historien du sensible Alain Corbin nous promène dans des forêts inconnues en marge des livres d’histoire à travers l’analyse des textes bibliques, des philosophes de l’Antiquité, des auteurs classiques et des peintres. L’arbre est à la fois le thème, le support et la matière première où l’homme écrit son histoire. L’arbre comme un livre ouvert sur l’humanité. Voici la force de cet ouvrage d’Alain Corbin.

Le sacre de l’arbre

Incontestablement, l’arbre a suscité une vénération qui a traversé les âges. Chaque peuple, chaque culture l’a sacralisé à sa manière : les Gaulois avec le gui sacré source de rituels pour sa cueillette, autour de la Méditerranée l’arbre est symbole de fécondité et le laurier était vénéré car poussaient spontanément dans la nature, sans l’intervention de l’homme. L’arbre est divin, sacré, il symbolise l’éternité face au temps qui passe et défie l’homme par son immortalité. Arbre de vie et de la connaissance pour Saint Augustin il est au cœur du mystère du Paradis.

Des pouvoirs équivoques

Mais l’arbre est un personnage ambivalent. Le figuier par exemple est sensé rendre les femmes stériles, l’amandier est associé au suicide, la mythique pomme comme un fruit qui pique et qui tue et au palmarès de la diabolisation s’érige le noyer. L’imagerie populaire a longtemps véhiculé son côté obscur. Vous souvenez-vous de la terreur de Blanche Neige perdue dans la forêt le soir venu ? Du danger à s’abriter sous un arbre lors d’un orage ? Mais d’autres croyances lui attribuent au contraire des vertus enchantées. Il est intimement lié aux fées, au merveilleux. Pour des experts émérites, la baguette magique des fées serait en fait un arbre en taille réduite.

Une conscience à fleur d’écorce

Eprouve-t-on encore autant d’émotions que les anciens face à la longévité des arbres ? Aujourd’hui, l’arbre envoie des signaux acoustiques, il « parle », « murmure », « gémit ». Il n’est plus seul symbole dans le monde végétal mais joue un nouveau rôle pour nous faire ressentir le magnifique, le noble, le voluptueux comme le triste. La douceur de l’ombre…à découvrir dans la douceur de ce livre.


 

La douceur de l’ombre
L’arbre, source d’émotion de l’Antiquité à nos jours
Prix du livre Environnement 2013 (Véolia)
Auteur : Alain Corbin
Editeur : Fayard
364p, 2013

Genre : roman d’histoire

Recommandé: A toutes les âmes sensibles

 

 

L’auteur

Alain Corbin est né en Normandie en 1936. Il étudie l’histoire sociale et l’histoire des représentations. Spécialiste du XIXème, il se revendique comme historien du sensible. Son œuvre aborde des sujets peu conventionnels : l’évolution de l’odorat, la perception du corps, la notion de paysage. Tous ses ouvrages nous rappellent que nous sommes le fruit de changements ayant débuté quelques siècles auparavant. Je vous conseille d’autres ouvrages, tout aussi érudits et poétiques que La douceur de l’ombre.

  • Le miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social du XVIII au XIXème siècle. 1982. Flammarion.
  • Les cloches de la terre. 1994. Flammarion
  • La mer. Terreur et fascination. 2004. Editions du Seuil

Author: Sandrine

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest